Étudiant-e-s
Découvrez le portrait de Sarah Aoun, étudiante libanaise prenant part au projet L’Atelier des deux rives. Elle revient en quelques mots sur son expérience de la formation à l’écriture sonore.
Portrait de lectrice
Peux-tu te présenter en quelques mots et nous parler de ton rapport à la lecture ?
Je m’appelle Sarah Aoun, j’ai 21 ans et je suis libanaise. Actuellement, je suis étudiante en littérature française à l’Université libanaise. Si je devais me décrire en quelques mots, je dirais que c’est la littérature qui m’a choisie, et non l’inverse. Pendant plusieurs années, j’ai mis de côté cette passion qui me tenait à cœur. Je n’aurais même jamais imaginé être là où je suis aujourd’hui. Ce qui a marqué un tournant dans ma vie, c’est une succession d’événements marquants : un sentiment de vide et de malaise, un cours de civilisation française et quelques pages de La Vagabonde de Colette. Ces instants ont été décisifs.
Je lis avant tout pour analyser les intrigues, les histoires et les psychologies des personnages. Je cherche toujours à comprendre ce qui se cache derrière les mots, à percevoir au-delà des lignes. La curiosité est une de mes caractéristiques principales. J’aime tout ce qui stimule ma réflexion, ce qui enrichit mon intellect et me challenge pour devenir une meilleure version de moi-même. La lecture est devenue un élément essentiel de ma vie, un outil fondamental pour façonner la personne que je suis aujourd’hui. Elle satisfait ma soif de connaissance, d’analyse et de recherche.
À chaque fois que je lis un roman, un article ou une critique qui ouvre ma vision sur de nouveaux horizons, je prends conscience que je fais partie d’un tout. Je suis une petite pièce, mais essentielle, dans cet univers qui, avant tout, cherche constamment à se comprendre et à comprendre le monde qui l’entoure. Un roman a ce pouvoir de transformer une vie. Alors, comment pourrais-je limiter cette expérience à quelques pages ou à une valeur particulière ?
Quels genres de livres aimes-tu lire ? Y a-t-il un livre qui t’a particulièrement marquée récemment ?
J’aime particulièrement lire des romans contemporains, souvent un mélange entre romans d’actualité et romans psychologiques. Selon moi, ce sont ces romans qui reflètent le plus fidèlement la réalité que nous vivons, et c’est pour cette raison qu’ils ont le pouvoir de changer. Les écrivains qui choisissent de traiter certains sujets par le biais de leurs œuvres ont l’intention de sensibiliser, voire de confronter les lecteurs à des réalités parfois difficiles. C’est dans ces moments-là que le talent de l’écrivain se manifeste, lorsqu’il parvient à convaincre ou à persuader les lecteurs de l’importance d’une cause.
Pour moi, un roman réussi est un roman qui stimule ma curiosité, qui me fait évoluer dans mes pensées, qui me place au centre de la réflexion et me pousse à interroger la réalité qui m’entoure. C’est un livre qui me pousse à chercher plus loin, pour comprendre le degré de vivacité des événements qu’il décrit. Un roman qui change mon rythme cardiaque, qui me fait éprouver des émotions profondes, et qui me fait ressentir ce que les personnages vivent.
Récemment, le roman Jacaranda de Gaël Faye m’a complètement bouleversée. Je trouve qu’il crée une ambiance lourde, sombre, et terriblement émouvante. Il m’est arrivé d’avoir les larmes aux yeux pendant ma lecture ; je ne pouvais m’arrêter, mais je devais prendre des pauses pour reprendre mon souffle. Ce livre aborde le génocide rwandais de 1994, et la manière dont il le décrit m’a frappée en plein cœur. Certaines phrases m’ont particulièrement touchée, comme un coup de poing, à l’image de l’homme qui brûle : « Le cycle de la vengeance est sans fin, petit frère. » Ou encore cette réplique : « -Tu y crois ? -À la réconciliation et au pardon ? Non… je suis survivante. » Ces mots résonnaient en moi, et j’ai pu les relier aux événements tragiques que traverse Gaza aujourd’hui. Les blessures sont toujours ouvertes, et les images poignantes diffusées sur les réseaux sociaux restent gravées dans nos cœurs. Chaque fois que je lisais ce roman, je revivais ce malaise, cette douleur.
Je considère Jacaranda comme un roman intemporel. Trente ans séparent le génocide du Rwanda de celui de Gaza, mais les scénarios se ressemblent tragiquement, voire pires, et la souffrance humaine demeure la même.
Comment choisis-tu tes lectures ? (Conseils d’amis, critiques, hasard en librairie ou bibliothèque, etc.)
Je choisis mes lectures principalement en fonction des recommandations de mes professeurs, car je partage leur point de vue selon lequel chaque personne doit évoluer progressivement. En d’autres termes, nos lectures doivent être adaptées à notre niveau intellectuel et à notre capacité de compréhension. Lire un livre sur le génocide à 12 ans n’est pas la même chose que de le lire à 21 ans. Il est important de prendre en considération nos goûts littéraires, qui eux aussi mûrissent au fil du temps, avec l’âge et l’expérience.
De plus, je reste toujours ouverte à découvrir de nouveaux romans ou à travailler sur des projets littéraires différents, comme celui du prix Goncourt de l’Orient. Ces lectures, que j’apprécie particulièrement, m’aident à façonner mon identité littéraire. Et bien sûr, il ne faut pas oublier les lectures exigées par mon travail universitaire, qui jouent également un rôle essentiel dans ma formation.
As-tu déjà partagé tes impressions de lecture avec d’autres, avant cette formation ? (discussions, réseaux sociaux, blog, etc.)
Avant cette formation, malheureusement, je ne partageais mes impressions de lecture qu’avec mes professeurs. Je ne trouvais pas vraiment de réseau de passionnés de littérature autour de moi. Cependant, je suis extrêmement reconnaissante et heureuse d’avoir rejoint cette formation, car grâce à elle, j’ai eu la chance de partager mes réflexions avec des personnes formidables ! Nous échangeons nos opinions de manière ouverte, sans jugement, malgré nos différences culturelles et nos parcours variés. Créer des liens forts était l’un de mes objectifs en participant à cette formation, et c’est désormais fait.
D’autre part, j’avais un besoin profond de m’entourer de personnes passionnées de littérature, alors pourquoi ne pas créer un espace de partage par moi-même ? Actuellement, je travaille sur une page Instagram francophone où je pourrai partager mes livres favoris, mes lectures du moment, mes recommandations, et bien plus encore. Cela me permettra également de suivre mes progrès, tout en investissant mon temps, mon énergie et ma passion dans ce projet. Dans le futur, j’espère pouvoir organiser des événements littéraires pour encourager les jeunes à lire. Pourquoi pas aussi créer un club ou une communauté autour de la littérature ? C’est un rêve que j’aimerais réaliser.
Quel rôle joue la lecture dans ta vie quotidienne ?
La lecture joue un rôle essentiel dans ma vie quotidienne : elle est un véritable refuge. J’ai trouvé dans la littérature un moyen de m’évader et de me développer constamment, tant sur le plan intellectuel que psychologique. Chaque roman est pour moi une école, un apprentissage. La lecture en elle-même est nécessaire et suffisante, mais la recherche qui l’accompagne est d’une richesse incomparable.
Durant la guerre libanaise de 2024, la lecture et l’écriture ont évolué pour devenir plus que des passions ou des formes d’apprentissage ; elles sont devenues une lueur d’espoir. Je me réfugiais dans mes lectures, dans mon bureau, dans un coin tranquille, un stylo en main et une feuille blanche qui n’attendait qu’à être remplie. Je m’immergeais dans mon univers, entre lecture, écriture, crochet, guitare et chant, bercée par la musique et la lumière timide qui pénétrait par la fenêtre. Parfois, je confondais le son de la musique avec celui des bombardements.
Étrangement, les romans qui abordaient le thème de la guerre m’aidaient à me sentir moins seule, à me sentir comprise. Je m’identifiais aux personnages qui oscillaient entre espoir et désespoir, parfois dans un tourbillon d’émotions contradictoires. C’est dans ces autres mondes, dans la lecture et l’écriture, que j’ai trouvé un moyen de m’en sortir. Ces moments m’ont permis de former ma vie, mes rêves et mes futurs projets autour des livres. Et c’est grâce à la lecture que je sais que j’y arriverai.
Expérience de la formation à l’écriture sonore
Qu’est-ce qui t’a motivée à candidater à l’Atelier des deux rives ?
Je suis constamment en quête d’opportunités pour sortir de ma zone de confort, car je crois fermement que c’est dans ces moments que se produisent les plus grandes évolutions, tant sur le plan intellectuel, interculturel que psychologique. Cette dynamique d’apprentissage et de développement personnel est ce qui me motive profondément. L’idée de participer à un échange enrichissant avec des participants et des écrivains, et d’établir des liens authentiques et durables, m’a particulièrement attirée. De plus, le contenu proposé par la formation correspond pleinement à mes aspirations professionnelles et personnelles. En résumé, l’Atelier des deux rives représentait l’opportunité idéale pour m’épanouir et relever de nouveaux défis.
Peux-tu nous présenter comment s’est déroulée la formation à l’écriture sonore ?
J’ai vraiment apprécié la formation à l’écriture sonore. Elle a débuté par une présentation des participants, suivie de l’organisation du travail par les membres de Studio Vago, qui ont assuré la formation. Nous avons commencé par les étapes fondamentales à connaître avant de réaliser une interview, avec une transition claire entre la théorie et la pratique. Par exemple, il était essentiel d’avoir le matériel nécessaire avec soi. Ensuite, les formateurs nous ont expliqué les techniques à utiliser et comment choisir le matériel adéquat.
Ils ont également abordé les préparatifs avant l’interview et les éléments clés à maîtriser pendant l’entretien. Le contenu était très clair et facile à assimiler, ce qui permet à chacun, quel que soit son niveau de connaissance du domaine sonore, de réaliser une interview ou même une chronique.
Ce qui m’a particulièrement frappée, c’est la simplicité avec laquelle les choses ont été abordées. On a tendance à compliquer les processus, mais ici, on nous a offert une approche axée sur l’authenticité, l’organisation et la liberté d’expression. En tant que chroniqueuse ou intervieweuse, je n’ai pas à me contraindre à une multitude de règles strictes. Au contraire, on m’a encouragée à rester fidèle à moi-même, à être authentique tout en demeurant professionnelle en appliquant les conseils pratiques partagés durant la formation.
L’utilisation du matériel de captation sonore était-elle une découverte pour toi ? Quelles compétences techniques as-tu trouvées les plus intéressantes ou difficiles à maîtriser ?
L’utilisation du matériel de captation sonore n’était pas une découverte totale pour moi. J’ai eu la chance d’effectuer quelques recherches au préalable, notamment en essayant d’enregistrer ma voix tout en jouant de la guitare pour créer ma propre musique ou réaliser des reprises. Cependant, j’ai mis ce projet de côté, car je rencontrais des difficultés avec les logiciels et je m’étais aussi renseignée sur les micros et autres équipements, sans toutefois m’engager pleinement dans ce domaine. Cette formation était donc parfaitement en phase avec ce que je recherchais et m’a permis d’approfondir mes connaissances.
J’ai particulièrement apprécié les recommandations sur le matériel, qui étaient non seulement détaillées, mais aussi adaptées à différents budgets, y compris pour ceux qui ont des ressources limitées.
Cependant, la compétence la plus difficile à maîtriser pour moi a été la compréhension des différences entre les divers produits disponibles sur le marché, notamment en ce qui concerne les choix entre les marques, les qualités, les formats, etc. Le choix du matériel peut sembler complexe, surtout lorsqu’il existe une multitude d’options. C’est un sujet qui demande un certain temps pour être pleinement compris et maîtrisé, et bien qu’il ne soit peut-être pas toujours attractif pour tout le monde, il demeure une facette essentielle pour moi.
L’écriture radiophonique implique un rythme et une approche spécifiques. Comment as-tu perçu cet exercice et en quoi diffère-t-il de l’écriture traditionnelle ?
Je dirais que l’écriture radiophonique se distingue par sa simplicité et sa clarté. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est l’intégration de différents sons et de musique, ainsi que l’importance de l’intonation et des dialogues dynamiques. Ces éléments permettent de capter l’attention de l’auditeur tout en lui permettant de suivre le récit sans effort, sans risquer de perdre sa concentration. J’aime aussi l’idée qu’écouter un podcast, par exemple, soit une expérience apaisante pour l’auditeur, contrairement à une lecture qui pourrait nécessiter une plus grande concentration et créer du stress.
Ce qui différencie l’écriture radiophonique de l’écriture traditionnelle, c’est notamment l’utilisation de la musique et des sons, qui influencent directement la médiation et la diffusion du message. En effet, parfois, lorsque nous manquons de temps, nous privilégions des formats audios comme les livres audio. De plus, l’interaction avec l’auditeur en radio est plus directe que celle qu’un lecteur peut avoir avec un texte écrit. Tandis que l’écriture traditionnelle se concentre souvent sur le style et la complexité du texte, l’écriture radiophonique cherche à être plus accessible et immersive, en jouant sur les sensations et l’expérience auditive.
As-tu changé ta façon d’écouter des podcasts littéraires ou des émissions radiophoniques grâce à cette formation ?
Oui, grâce à cette formation, ma manière d’écouter des podcasts littéraires et des émissions radiophoniques a profondément évolué. Désormais, lorsque j’écoute une conversation entre deux personnes, je suis capable de penser au travail en coulisses qui a permis d’arriver à ce résultat, notamment à la radio. Par exemple, j’essaie de deviner les recherches effectuées par l’intervieweur et l’investissement qu’il a mis dans la préparation de l’entretien, qu’il s’agisse de l’écrivain interviewé, de ses romans, de ses articles ou de sa vie personnelle, tout cela se reflétant dans les questions posées. Bien sûr, il y a une équipe derrière la réalisation de l’interview, mais l’échange entre les deux participants me permet de ressentir tout ce travail.
De plus, lorsque je regarde la captation d’une émission radiophonique, je commence à prêter attention à des éléments comme le choix du lieu d’enregistrement, les sons, la musique, la disposition des micros, la répartition de la parole, la tonalité des voix, et la façon dont l’interview est dirigée. Je m’interroge également sur chaque choix : pourquoi ce décor, pourquoi cette musique, et ce qu’ils symbolisent. Cela me permet de voir les émissions sous un angle beaucoup plus profond et d’approfondir mon immersion dans l’expérience auditive.
Après cette formation, envisages-tu d’utiliser ces nouvelles compétences dans la préparation et la conduite d’entretiens littéraires ?
Oui, absolument. Les compétences acquises au cours de cette formation m’accompagneront dans divers projets. En ce qui me concerne, j’ai un compte Instagram dédié à mon entreprise de créations en crochet, et ces compétences me seront très utiles pour développer et promouvoir ce compte. De plus, je compte les appliquer à ma passion pour la création musicale. Enfin, dans un avenir proche, je prévois d’utiliser ces compétences pour la gestion de mon compte Instagram littéraire. Cette formation a été extrêmement enrichissante et pertinente, et je suis convaincue que les compétences que j’y ai développées me permettront de faire progresser mes projets avec succès.
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Étudiant-e-s
Découvrez le portrait de Sarah Aoun, étudiante libanaise prenant part au projet L’Atelier des deux rives. Elle revient en quelques mots sur son expérience de la formation à l’écriture sonore.
Portrait de lectrice
Peux-tu te présenter en quelques mots et nous parler de ton rapport à la lecture ?
Je m’appelle Sarah Aoun, j’ai 21 ans et je suis libanaise. Actuellement, je suis étudiante en littérature française à l’Université libanaise. Si je devais me décrire en quelques mots, je dirais que c’est la littérature qui m’a choisie, et non l’inverse. Pendant plusieurs années, j’ai mis de côté cette passion qui me tenait à cœur. Je n’aurais même jamais imaginé être là où je suis aujourd’hui. Ce qui a marqué un tournant dans ma vie, c’est une succession d’événements marquants : un sentiment de vide et de malaise, un cours de civilisation française et quelques pages de La Vagabonde de Colette. Ces instants ont été décisifs.
Je lis avant tout pour analyser les intrigues, les histoires et les psychologies des personnages. Je cherche toujours à comprendre ce qui se cache derrière les mots, à percevoir au-delà des lignes. La curiosité est une de mes caractéristiques principales. J’aime tout ce qui stimule ma réflexion, ce qui enrichit mon intellect et me challenge pour devenir une meilleure version de moi-même. La lecture est devenue un élément essentiel de ma vie, un outil fondamental pour façonner la personne que je suis aujourd’hui. Elle satisfait ma soif de connaissance, d’analyse et de recherche.
À chaque fois que je lis un roman, un article ou une critique qui ouvre ma vision sur de nouveaux horizons, je prends conscience que je fais partie d’un tout. Je suis une petite pièce, mais essentielle, dans cet univers qui, avant tout, cherche constamment à se comprendre et à comprendre le monde qui l’entoure. Un roman a ce pouvoir de transformer une vie. Alors, comment pourrais-je limiter cette expérience à quelques pages ou à une valeur particulière ?
Quels genres de livres aimes-tu lire ? Y a-t-il un livre qui t’a particulièrement marquée récemment ?
J’aime particulièrement lire des romans contemporains, souvent un mélange entre romans d’actualité et romans psychologiques. Selon moi, ce sont ces romans qui reflètent le plus fidèlement la réalité que nous vivons, et c’est pour cette raison qu’ils ont le pouvoir de changer. Les écrivains qui choisissent de traiter certains sujets par le biais de leurs œuvres ont l’intention de sensibiliser, voire de confronter les lecteurs à des réalités parfois difficiles. C’est dans ces moments-là que le talent de l’écrivain se manifeste, lorsqu’il parvient à convaincre ou à persuader les lecteurs de l’importance d’une cause.
Pour moi, un roman réussi est un roman qui stimule ma curiosité, qui me fait évoluer dans mes pensées, qui me place au centre de la réflexion et me pousse à interroger la réalité qui m’entoure. C’est un livre qui me pousse à chercher plus loin, pour comprendre le degré de vivacité des événements qu’il décrit. Un roman qui change mon rythme cardiaque, qui me fait éprouver des émotions profondes, et qui me fait ressentir ce que les personnages vivent.
Récemment, le roman Jacaranda de Gaël Faye m’a complètement bouleversée. Je trouve qu’il crée une ambiance lourde, sombre, et terriblement émouvante. Il m’est arrivé d’avoir les larmes aux yeux pendant ma lecture ; je ne pouvais m’arrêter, mais je devais prendre des pauses pour reprendre mon souffle. Ce livre aborde le génocide rwandais de 1994, et la manière dont il le décrit m’a frappée en plein cœur. Certaines phrases m’ont particulièrement touchée, comme un coup de poing, à l’image de l’homme qui brûle : « Le cycle de la vengeance est sans fin, petit frère. » Ou encore cette réplique : « -Tu y crois ? -À la réconciliation et au pardon ? Non… je suis survivante. » Ces mots résonnaient en moi, et j’ai pu les relier aux événements tragiques que traverse Gaza aujourd’hui. Les blessures sont toujours ouvertes, et les images poignantes diffusées sur les réseaux sociaux restent gravées dans nos cœurs. Chaque fois que je lisais ce roman, je revivais ce malaise, cette douleur.
Je considère Jacaranda comme un roman intemporel. Trente ans séparent le génocide du Rwanda de celui de Gaza, mais les scénarios se ressemblent tragiquement, voire pires, et la souffrance humaine demeure la même.
Comment choisis-tu tes lectures ? (Conseils d’amis, critiques, hasard en librairie ou bibliothèque, etc.)
Je choisis mes lectures principalement en fonction des recommandations de mes professeurs, car je partage leur point de vue selon lequel chaque personne doit évoluer progressivement. En d’autres termes, nos lectures doivent être adaptées à notre niveau intellectuel et à notre capacité de compréhension. Lire un livre sur le génocide à 12 ans n’est pas la même chose que de le lire à 21 ans. Il est important de prendre en considération nos goûts littéraires, qui eux aussi mûrissent au fil du temps, avec l’âge et l’expérience.
De plus, je reste toujours ouverte à découvrir de nouveaux romans ou à travailler sur des projets littéraires différents, comme celui du prix Goncourt de l’Orient. Ces lectures, que j’apprécie particulièrement, m’aident à façonner mon identité littéraire. Et bien sûr, il ne faut pas oublier les lectures exigées par mon travail universitaire, qui jouent également un rôle essentiel dans ma formation.
As-tu déjà partagé tes impressions de lecture avec d’autres, avant cette formation ? (discussions, réseaux sociaux, blog, etc.)
Avant cette formation, malheureusement, je ne partageais mes impressions de lecture qu’avec mes professeurs. Je ne trouvais pas vraiment de réseau de passionnés de littérature autour de moi. Cependant, je suis extrêmement reconnaissante et heureuse d’avoir rejoint cette formation, car grâce à elle, j’ai eu la chance de partager mes réflexions avec des personnes formidables ! Nous échangeons nos opinions de manière ouverte, sans jugement, malgré nos différences culturelles et nos parcours variés. Créer des liens forts était l’un de mes objectifs en participant à cette formation, et c’est désormais fait.
D’autre part, j’avais un besoin profond de m’entourer de personnes passionnées de littérature, alors pourquoi ne pas créer un espace de partage par moi-même ? Actuellement, je travaille sur une page Instagram francophone où je pourrai partager mes livres favoris, mes lectures du moment, mes recommandations, et bien plus encore. Cela me permettra également de suivre mes progrès, tout en investissant mon temps, mon énergie et ma passion dans ce projet. Dans le futur, j’espère pouvoir organiser des événements littéraires pour encourager les jeunes à lire. Pourquoi pas aussi créer un club ou une communauté autour de la littérature ? C’est un rêve que j’aimerais réaliser.
Quel rôle joue la lecture dans ta vie quotidienne ?
La lecture joue un rôle essentiel dans ma vie quotidienne : elle est un véritable refuge. J’ai trouvé dans la littérature un moyen de m’évader et de me développer constamment, tant sur le plan intellectuel que psychologique. Chaque roman est pour moi une école, un apprentissage. La lecture en elle-même est nécessaire et suffisante, mais la recherche qui l’accompagne est d’une richesse incomparable.
Durant la guerre libanaise de 2024, la lecture et l’écriture ont évolué pour devenir plus que des passions ou des formes d’apprentissage ; elles sont devenues une lueur d’espoir. Je me réfugiais dans mes lectures, dans mon bureau, dans un coin tranquille, un stylo en main et une feuille blanche qui n’attendait qu’à être remplie. Je m’immergeais dans mon univers, entre lecture, écriture, crochet, guitare et chant, bercée par la musique et la lumière timide qui pénétrait par la fenêtre. Parfois, je confondais le son de la musique avec celui des bombardements.
Étrangement, les romans qui abordaient le thème de la guerre m’aidaient à me sentir moins seule, à me sentir comprise. Je m’identifiais aux personnages qui oscillaient entre espoir et désespoir, parfois dans un tourbillon d’émotions contradictoires. C’est dans ces autres mondes, dans la lecture et l’écriture, que j’ai trouvé un moyen de m’en sortir. Ces moments m’ont permis de former ma vie, mes rêves et mes futurs projets autour des livres. Et c’est grâce à la lecture que je sais que j’y arriverai.
Expérience de la formation à l’écriture sonore
Qu’est-ce qui t’a motivée à candidater à l’Atelier des deux rives ?
Je suis constamment en quête d’opportunités pour sortir de ma zone de confort, car je crois fermement que c’est dans ces moments que se produisent les plus grandes évolutions, tant sur le plan intellectuel, interculturel que psychologique. Cette dynamique d’apprentissage et de développement personnel est ce qui me motive profondément. L’idée de participer à un échange enrichissant avec des participants et des écrivains, et d’établir des liens authentiques et durables, m’a particulièrement attirée. De plus, le contenu proposé par la formation correspond pleinement à mes aspirations professionnelles et personnelles. En résumé, l’Atelier des deux rives représentait l’opportunité idéale pour m’épanouir et relever de nouveaux défis.
Peux-tu nous présenter comment s’est déroulée la formation à l’écriture sonore ?
J’ai vraiment apprécié la formation à l’écriture sonore. Elle a débuté par une présentation des participants, suivie de l’organisation du travail par les membres de Studio Vago, qui ont assuré la formation. Nous avons commencé par les étapes fondamentales à connaître avant de réaliser une interview, avec une transition claire entre la théorie et la pratique. Par exemple, il était essentiel d’avoir le matériel nécessaire avec soi. Ensuite, les formateurs nous ont expliqué les techniques à utiliser et comment choisir le matériel adéquat.
Ils ont également abordé les préparatifs avant l’interview et les éléments clés à maîtriser pendant l’entretien. Le contenu était très clair et facile à assimiler, ce qui permet à chacun, quel que soit son niveau de connaissance du domaine sonore, de réaliser une interview ou même une chronique.
Ce qui m’a particulièrement frappée, c’est la simplicité avec laquelle les choses ont été abordées. On a tendance à compliquer les processus, mais ici, on nous a offert une approche axée sur l’authenticité, l’organisation et la liberté d’expression. En tant que chroniqueuse ou intervieweuse, je n’ai pas à me contraindre à une multitude de règles strictes. Au contraire, on m’a encouragée à rester fidèle à moi-même, à être authentique tout en demeurant professionnelle en appliquant les conseils pratiques partagés durant la formation.
L’utilisation du matériel de captation sonore était-elle une découverte pour toi ? Quelles compétences techniques as-tu trouvées les plus intéressantes ou difficiles à maîtriser ?
L’utilisation du matériel de captation sonore n’était pas une découverte totale pour moi. J’ai eu la chance d’effectuer quelques recherches au préalable, notamment en essayant d’enregistrer ma voix tout en jouant de la guitare pour créer ma propre musique ou réaliser des reprises. Cependant, j’ai mis ce projet de côté, car je rencontrais des difficultés avec les logiciels et je m’étais aussi renseignée sur les micros et autres équipements, sans toutefois m’engager pleinement dans ce domaine. Cette formation était donc parfaitement en phase avec ce que je recherchais et m’a permis d’approfondir mes connaissances.
J’ai particulièrement apprécié les recommandations sur le matériel, qui étaient non seulement détaillées, mais aussi adaptées à différents budgets, y compris pour ceux qui ont des ressources limitées.
Cependant, la compétence la plus difficile à maîtriser pour moi a été la compréhension des différences entre les divers produits disponibles sur le marché, notamment en ce qui concerne les choix entre les marques, les qualités, les formats, etc. Le choix du matériel peut sembler complexe, surtout lorsqu’il existe une multitude d’options. C’est un sujet qui demande un certain temps pour être pleinement compris et maîtrisé, et bien qu’il ne soit peut-être pas toujours attractif pour tout le monde, il demeure une facette essentielle pour moi.
L’écriture radiophonique implique un rythme et une approche spécifiques. Comment as-tu perçu cet exercice et en quoi diffère-t-il de l’écriture traditionnelle ?
Je dirais que l’écriture radiophonique se distingue par sa simplicité et sa clarté. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est l’intégration de différents sons et de musique, ainsi que l’importance de l’intonation et des dialogues dynamiques. Ces éléments permettent de capter l’attention de l’auditeur tout en lui permettant de suivre le récit sans effort, sans risquer de perdre sa concentration. J’aime aussi l’idée qu’écouter un podcast, par exemple, soit une expérience apaisante pour l’auditeur, contrairement à une lecture qui pourrait nécessiter une plus grande concentration et créer du stress.
Ce qui différencie l’écriture radiophonique de l’écriture traditionnelle, c’est notamment l’utilisation de la musique et des sons, qui influencent directement la médiation et la diffusion du message. En effet, parfois, lorsque nous manquons de temps, nous privilégions des formats audios comme les livres audio. De plus, l’interaction avec l’auditeur en radio est plus directe que celle qu’un lecteur peut avoir avec un texte écrit. Tandis que l’écriture traditionnelle se concentre souvent sur le style et la complexité du texte, l’écriture radiophonique cherche à être plus accessible et immersive, en jouant sur les sensations et l’expérience auditive.
As-tu changé ta façon d’écouter des podcasts littéraires ou des émissions radiophoniques grâce à cette formation ?
Oui, grâce à cette formation, ma manière d’écouter des podcasts littéraires et des émissions radiophoniques a profondément évolué. Désormais, lorsque j’écoute une conversation entre deux personnes, je suis capable de penser au travail en coulisses qui a permis d’arriver à ce résultat, notamment à la radio. Par exemple, j’essaie de deviner les recherches effectuées par l’intervieweur et l’investissement qu’il a mis dans la préparation de l’entretien, qu’il s’agisse de l’écrivain interviewé, de ses romans, de ses articles ou de sa vie personnelle, tout cela se reflétant dans les questions posées. Bien sûr, il y a une équipe derrière la réalisation de l’interview, mais l’échange entre les deux participants me permet de ressentir tout ce travail.
De plus, lorsque je regarde la captation d’une émission radiophonique, je commence à prêter attention à des éléments comme le choix du lieu d’enregistrement, les sons, la musique, la disposition des micros, la répartition de la parole, la tonalité des voix, et la façon dont l’interview est dirigée. Je m’interroge également sur chaque choix : pourquoi ce décor, pourquoi cette musique, et ce qu’ils symbolisent. Cela me permet de voir les émissions sous un angle beaucoup plus profond et d’approfondir mon immersion dans l’expérience auditive.
Après cette formation, envisages-tu d’utiliser ces nouvelles compétences dans la préparation et la conduite d’entretiens littéraires ?
Oui, absolument. Les compétences acquises au cours de cette formation m’accompagneront dans divers projets. En ce qui me concerne, j’ai un compte Instagram dédié à mon entreprise de créations en crochet, et ces compétences me seront très utiles pour développer et promouvoir ce compte. De plus, je compte les appliquer à ma passion pour la création musicale. Enfin, dans un avenir proche, je prévois d’utiliser ces compétences pour la gestion de mon compte Instagram littéraire. Cette formation a été extrêmement enrichissante et pertinente, et je suis convaincue que les compétences que j’y ai développées me permettront de faire progresser mes projets avec succès.
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